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Ce petit lieu virtuel abrite diverses étapes constitutives de mes trajets artistiques sans pour autant être exhaustif. Les arté-facts sont l’incarnation de diverses relations entre les techniques-technologies-outils, du dessin, de la sculpture, de la peinture, de l’image animée, des désirs de réalisations, des matières, des situations et des paysages traversés. Nous pourrions convenir que les formes réalisées sont différents dosages d’expressifs, d’implicites, de maîtrises, de choix, etc., qui étapes, par étapes, se cristallisent en de nouveaux lieux habitables.

Chaque expérience réalisée provoque pour moi souvent l’apprentissage de nouvelles techniques et/ou technologies et de nouveaux collectifs d’agencements qui font prise, sur de nouveaux  territoires artistiques. Cet accordage basé sur l’expérience s’oppose à toute idée reçue comme vérité sur la scène de l’art contemporain, idée selon laquelle, l’artiste s’accomplirait en devenant le porte drapeau des académismes contemporains fussent-ils celui du non académisme.

L’art n’a que faire des progrès, tout anté-contemporain sommeille et se love au creux des œuvres les plus remarquable comme les plus modestes. Depuis la fin du siècle dernier s’accélère la prolifération de la population sur la scène artistique occidentale (et c’est tant mieux) au point aujourd’hui d’en avoir remodelé radicalement son paysage. Cette scène artistique démocratisée fait écho à W. James « il ne saurait exister de vérité finale aussi bien dans le domaine moral que dans le domaine physique, tant que le dernier homme n'aura point déroulé le fil de son expérience, tant qu'il n'aura pas dit son dernier mot ». Aujourd’hui, n’est-ce pas au prix d’un dépassement du sujet-objet que nous pouvons alors avoir prise sur les matières, les processus instaurateurs, les durées et vivre la déprise non plus comme une sanction d’impuissance mais un temps de jouissance de soi, self-enjoyment ? Cette jouissance de soi de l’œuvre et non du sujet est assurément l’aboutissement réussi de l’anaphore artistique. C’est l’acte d’une métamorphose.

Etienne Souriau dans Avoir une Ame soutient qu’ «  il ne s’agit plus de représentation mais de présentation » quand dans un portrait d’inconnu « l’être représenté apparaît lui-même. Et c’est là, remarquons-le, le véritable but ou le véritable faire de l’art, trop souvent voilé par les abus d’une critique historiciste, qui n’oublie que l’art dans l’art. »
Je me souviens, il n’y pas si longtemps, avoir  éprouvé un plaisir quasi hilarant devant une toile du Greco, une de la série des Papes. Devant nous, s’étale royal, dans une draperie somptueuse, le portrait du Pape en pied. La touche assurée du peintre déploie une richesse sans économie qui rend le drapé si réel que le costume pourrait être l’inconnue de Souriau voir le véritable sujet d’un tableau connecté à la qualité de peintures bouddhistes orientales. Sur le côté droit d’une bande de toile nue prise dans le cadre, nonchalamment l’artiste a nettoyé son pinceau traçant un arc-en-ciel. Ces touches laissées volontairement visibles, nous rendent l’œuvre vibrante, présente. En présence de ce processus vibratoire nous jubilons et non je le crains  quand l’effet se réduit à un geste tel que nous le proposent les malins. L’être vient à la pleine réalité, quand l’artiste agissant, inventant sa propre médecine étape par étape, s’accorde pour qu’enfin aboutisse, la forme habitable. C’est avec la matière du présent y compris sur les ruines du capitalisme, tout en reléguant tout romantisme qu’il nous faut agir, contribuer à révéler des sens capables de relever le défi de tout temps, cristalliser cet être viable saisissant, touchant.

Point un, toutes mes recherches sont en prises directes avec le milieu enregistré, et d’autre part procède d’un trajet qui transforme ou fait muter les éléments hétérogènes, en œuvres.

Point deux, tous les matériaux témoins des entre-captures, se métamorphosent en de nouvelles médiations-plastiques,  nouvelles esquisses à habiter, lors de présentations publiques.

Point trois, ma fréquentation des frontières humaines et non-humaines conditionne chaque réalisation plastic. Si la mondialisation se manifeste par l’anéantissement des singularités, mes intérêts articulent les connections et les hybridations dans l’espoir de participer au grand mouvement de dialogue avec le non-humain.

Le  parfait n’existe pas, il hante simplement et l’artiste et l’amateur et l’œuvre. C’est peut-être alors la qualité de vibration, le touché, qui sanctionne la durée de vie de l’œuvre, avant de retomber dans l’obscurité, l’indéfini, parmi les dix mille êtres du chaos. Nous espérons seulement qu’entre-temps au moins une infime lueur brillera encore.

 

 

 

 

 

 

 

 

   
    GB : translation by Anneleen Masschelein.


 

This small virtual space hosts several constitutive steps of my artistic trajectories, without being exhaustive. The arte-facts are the incarnation of diverse relationships with the techniques-technologies-tools of painting, sculpture, animation, desires of realizations, matters, situations and landscapes traversed. We could say agree that the realized forms are different dosages of expressives, implicits, masteries, choices, etc., that step by step have crystallized into new inhabitable places.

Every experience that has been realized has conduced me to the apprenticeship of new techniques and/or technologies and of new collective assemblages that unfold on new artistic territories. This attunement based on experience is opposed to all preconceived notions like truth on the scene of contemporary art, a notion according to which the artist will realize herself by becoming the flagpole of contemporary academic fashions, even those of non-academism.

art has nothing to do with progres, The ante-contemporary slumbers and loops in the cracks of works, the most remarkable ones as well as the most modest one. Since the end of the last century, the proliferation of the population on the Western artistic scene has accelerated (and this all for good) to the point where today the landscape has been radically transformed. This democratic artistic scene echoes William James’ dictum that In other words, there can be no final truth in ethics any more than is physics, until the last man has had his experience and said his say. Today, is it not at the cost of surpassing the subject-object division that we can get hold of matters, of establishing processes, of durations and living abandonment not as a sanction of impotence but as a time of self-enjoyment? This self-enjoyment of the oeuvre and not of the subject is surely the successful outcome of the artistic anaphor. It is the act of a metamorphosis.

In Having a Soul Etienne Souriau states that “it is no longer about representation but about presentation” when in a portrait of an unknown “the represented being appears itself. And there is, we can remark, the true aim or the true making of art, often veiled behind the misuse of a historicist criticism, that only forgets art in art.” I remember not so long ago having experienced a quasi-hilarious pleasure before a canvas by Greco, one of the series of the Popes. Before us, royally spread out, in a sumptuous drapery, the portrait of the Pope on foot. The certain touch of the painter unfolds a wealth without economy that renders the drapery so real that the costume could be the unknown of Souriau or the true subject of a painting connected to the quality of oriental Buddhist paintings. On the right side a stroke of nude canvas in the frame, carelessly the painter has cleaned his brush tracing a rainbow. These touches left behind, deliberately visible, render the work vibrant and present. It is in the presence of such vibratory process we rejoice and not, I’m afraid, when the effect is reduced to a gesture as the smart one have suggested. Being is fully realized when the artist is acting, inventing her own medicine step by step, attunes herself in order to create the habitable form. It is with the matter of the present, even on the ruins of capitalism, always relegating all romanticism, that we must act and contribute to revealing the senses capable of meeting the challenge of all time, crystalizing this viable being gripping, touching.

Point one: all my researches are in direct contact with the recorded milieu. At the same time, they follow from a trajectory that transforms or mutates the heterogeneous elements into oeuvres.

Point two: all the materials are witnesses of between-captures, metamorphose into new plastic-mediations, new sketches to inhabit during the public presentations.

Point three: my attendance to the human and non-human frontiers determines each plastic realization. If globalization manifests itself by the annihilation of singularities, my interest lies in articulating the connections and hybridizations, in the hope of participating in the great movement of dialogue with the non-human.

The perfect does not exist; it simply haunts the artist, the spectator and the oeuvre. It is perhaps the quality of the vibration, the touch that determines the lifespan of the work, before it falls back into obscurity, the indefinite, amongst ten thousand beings of chaos. We only hope that in the mean time at least a tiny glow will still shine.

   
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  ©Isabelle Rouquette2017